Ca commence... Par un crash d'avion. 

On est vers 1996 et j'ai un peu plus de 20 ans. Comme beaucoup, j'ai pas eu de très beaux jouets en étant jeune. Comme beaucoup, mes premiers salaires me permettent de me faire un cadeau dont je rêve depuis longtemps : un avion radiocommandé. A l'époque, y avait pas internet : fallait acheter une boite et le construire, même si on a 2 mains gauches. Tant bien que mal, j'assemble une sorte de modèle pendant des mois et le modèle s'écrase à son 1er vol sur le parking du stadium nord à Villeneuve d'Ascq. Déception, que faire de tout ce bois ? et de cette radio commande ? A l'époque j'ai un autre rêve : partir voyager en voilier. D'où l'idée : construire un voilier radiocommandé avec les chutes de bois et apprendre la voile de cette façon. C'est parti : le petit appartement devient un chantier. J'en fous partout. Je récupère de vieux magazines "voiles & voiliers" et je m'inspire des formes pour imaginer une coque. Les voiliers classiques me semblent plus beaux : je pars là dessus. Le 1er Youpi est entièrement en balsa, puisque les chutes de l'avion étaient dans ce bois facile à travailler. En Février 97, le bateau est prêt mais il n'a toujours pas de nom. La moquette de l'appartement est ravagée par la colle. Madame trouve de la sciure partout et moi je me relève la nuit pour contempler mon "oeuvre". Finalement, je me dirige vers le lac des espagnols à Villeneuve d'Ascq pour le 1er essai mais le lac est gelé. Je me rabats sur un déversoir d'égout (sic !) pas loin de la fac de lettres de Villeneuve. C'est là que je pose le voilier, bien curieux de ce que ça va donner. Je sais qu'il ne va pas couler tout de suite après mes essais en baignoire, mais de là à dire qu'il va avancer. Il faut préciser que tout a été fait sans plan, en regardant des photos et en essayant de comprendre comment fonctionne un voilier. 

yacht rc
régate voiliers rc

L'origine du nom.
A peine posé sur l'eau, le bateau part tout droit. Je n'ai aucune notion de voile mais à ma grande surprise, le gouvernail répond. Alors je crie "Youpi", parce que je suis heureux d'y être arrivé. Et parce que le fait que le bateau navigue est tout simplement une surprise énorme. "Youpi" : c'est ce qui m'est venu à l'esprit. Ca devient le nom de ce premier bateau. De retour à la maison, je suis heureux mais il y a du travail : le bateau a été bricolé avec tout ce que j'ai pu ramasser par terre. Petit fil de fer, baguettes de brochettes, emballage de fromage... Autant dire que la maintenance du bateau est importante et mes moyens ne me permettent pas de m'offrir du matériel issu des magasins spécialisés. Ca devient une passion, voire une obsession. Tous les soirs en rentrant du travail, je me précipite, j'améliore, je modifie, j'essaye, je vais naviguer et je rentre quand les piles sont mortes pour réparer les dégâts. Je garde de cette époque un souvenir merveilleux. La journée, j'écrivais en cachette le journal de bord, imaginais la météo de mon lac. Il faut dire que mon vrai métier c'est rédacteur publicitaire. J'adore écrire, alors je noircis des pages pour vivre mon rêve et naviguer, depuis mon bureau, sur mon petit bateau. En attendant le soir pour le retrouver et m'amuser avec lui. 

Du petit au grand voilier.

Les mois et les années passent. Je les consacre a des essais. Le Youpi reçoit un gréement de goélette, puis un gréement bermudien... Je redécore le pont, j'ajoute et j'enlève le bout dehors... Bref, je teste et j'essaye. Voiles en polyester puis en tissu. Tout y passe. Je ne suis pas un bon bricoleur mais je suis obstiné. Au bout du compte. Mon projet de voyage en "vrai" voilier prend forme et me voici parti pour une année sabbatique à bord d'un Jeanneau Melody en atlantique. Là je perfectionne un peu mes connaissances nautiques :-) A mon retour, je retrouve mon vieux Youpi à qui je fais profiter de mes nouvelles connaissances. Le bateau s'améliore encore, d'année en année. Finalement, si j'ai adoré le voyage en voilier, je trouve que la navigation en petit voilier est un plaisir supérieur. Joie de voir évoluer le bateau, aucun danger de noyade, petit budget et plaisir authentique.  

voilier radio-commandé

Comment c'est devenu un modèle grand public ? 

L'histoire aurait pu s'arrêter là. Un petit voilier qu'on aime bricoler. Un boulot sympa. Une famille qui se créé. A l'époque je rencontre Pierre, un mouleur. Je lui parle évidemment du Youpi et il me dit qu'il pourrait en faire un moulage. Hors, la coque construite en balsa de 2 mm a été poncée pendant des années. Autant dire qu'elle commence vraiment à devenir inquiétante. Infiltration, pourrissement... Le Youpi original, pas très bien construit avec les moyens du bord, a souffert de ses très nombreuses navigations (environ 2h/jour pendant plusieurs années). Comme Pierre est un peu en galère de fric, je lui propose de mouler la coque, en me disant que j'aurais enfin un Youpi "solide" pour faire mes essais. La coque qu'il moule est sublime : elle est même... Symétrique ! Ce qui n'est pas exactement le cas du 1er modèle. Me voici avec une coque en polyester et un moule. Là, la vie fait un sale coup : mon fils tombe très malade (rassurez vous il a survécu !). Me voilà dans le chagrin, bloqué chez moi. La seule façon de m'enfuir, de penser à autre chose, c'est de bricoler cette coque polyester. Comme Pierre en a fabriqué plusieurs, je décide de les proposer à des modélistes contre un don à une association pour les enfants malades. Parce qu'en fait j'ai demandé plusieurs coques simplement pour donner un coup de main à Pierre et elles s'empilent à la maison. 

construction voilier radio commandé

A coté de ça, je continue d'écrire. Et de jeter au fur et à mesure mes récits de navigations miniatures. Une amie qui est au courant de ce petit secret (je le cache par peur du ridicule) me suggère alors de les écrire sur un blog, pour garder des photos, des souvenirs. Internet est né et il y a moyen de garder tout ça. Je me lance, je prends des photos, je raconte, je parle du Youpi. Et les gens me demandent des coques. Des infos. J'en aperçois même qui les revendent avec une grosse marge ce qui me peine beaucoup. Puisque c'est comme ça, je vais les vendre aussi... C'est là que je rencontre Francois Mallart. Un modéliste de la région conquis par le Youpi. Il me demande une coque, puis 2, pour 3... Et ce bon bricoleur poète devient un ami avec qui nous imaginons une façon convenable de construire le Youpi. Finalement, on conçoit ensemble ce qui va devenir le kit du Youpi. On en construit 5, 6... On essaye, je commande des fournitures. Et au 7 ème Youpi on peut dire que le kit est viable. J'en propose un sur internet... C'est un modéliste portugais qui s'en porte acquéreur. Puis un suisse. quelques francais.. A ma grande surprise. 

peinture coque petit voilier
voile rc

Le début du "succès". 

On en est donc là vers 2007/2008 : le youpi est un kit vendu à l'époque 270 euros. Le prêt à naviguer coûte dans les 500 balles. Il n'est pas question de gagner de l'argent avec ça, c'est du prix coûtant, et la qualité de réalisation est loin de celle des modèles d'aujourd'hui. Les kits sont fabriqués avec les moyens du bord, sans grande technique, mais ça fait le job. Le blog s'enrichit d'articles, de récits, de photos. Et c'est là que Serge Ducruit m'appelle. Il a découvert le blog, et aimerait me parler de mes bateaux. Serge est le rédacteur en chef de la revue MRB. Ca fait des années que je rêve d'avoir une photo de Youpi dans ce magazine, mais je n'ai jamais osé en envoyer une, étant d'une nature timide. Et puis je trouve mon bateau tellement moche par rapport aux autres. Enfin vous voyez l'idée. Je pense que Serge veut me parler du modèle mais pas vraiment : il trouve surtout que j'écris bien (c'est mon métier !). Il me propose de devenir pigiste pour la revue. Moi je suis toujours empêtré dans cette histoire d'enfant malade, c'est limite la misère, je n'ai pas grand chose à perdre. Bref, je dis oui bien sûr. Et pour le premier article, histoire de me faire plaisir, j'illustre un tutoriel avec la photo d'un Youpi. Comme ça, au moins une fois, il sera dans le magazine. Serge est au courant que je bricole mes kits, que je le fais plutôt par passion qu'autre chose. Il adore les voiliers classiques. Il me fait donc une proposition géniale : écrire un article... Sur le Youpi ! Dans le magazine MRB. Le succès est au rendez-vous. Sur les forums de modélisme, on se moquait souvent de ce projet. "Ca marchera jamais". "Tu vas te casser les dents". "T'en auras marre au bout du 10ème". "C'est même pas une vraie maquette". Etc. Tu parles que je m'en foutais, c'était juste mon beau jouet et une façon de rêver un peu. A partir du moment où le Youpi a eu les honneurs de la presse, c'était parti : les gens avaient confiance. Et j'ai commencé à recevoir un peu plus de commande. Avant l'article, 15 Youpis avaient été produits. C'est passé à 30. Puis 50. Puis 70... Voile & voiliers en a parlé, puis le Chasse-Marée... Le kit s'améliorait petit à petit, j'achetais quelques outils utiles. Sur internet, à force d'en parler, plusieurs modélistes savaient qu'il existait et plusieurs en avait commandé. Bref... Ca vivotait bien. Bonne nouvelle mon fils allait mieux. Il fallait que je reprenne mon vrai travail car c'était toujours la galère. Du coup, ça a bien failli s'arrêter là. J'avais construit 80 youpis en kit ou prêts à naviguer, le "vrai" travail m'appelait... Et c'est là qu'il y a eu un autre coup de chance. 

Marc arrive dans l'aventure.

Marc, un ami, décide un jour de quitter son boulot. Parce qu'il en a marre, mais alors vraiment ! Le voici donc inoccupé et moi je n'ai plus le temps de m'occuper des Youpis. Seulement voilà : j'aimerais que ça vive ! C'est tellement de bonheur... Alors sur une suggestion d'une amie commune, je propose à Marc un truc amusant : il s'occupe du chantier, si ça l'intéresse, en étant d'accord que si la vie redevient dure je pourrai toujours récupérer cette petite activité d'appoint. Marc trouve l'idée marrante. La grande chance, c'est qu'il est ajusteur de métier. Il travaille bien. Précis. Propre. Alors qu'il n'y connait rien à la base, il se met à rationnaliser la production des kits. Les découpes sont belles. Les ajustements plus précis. Moi, ça me soulage beaucoup de ne plus avoir à construire ces bateaux. Je m'occupe juste de bricoler le site internet que vous êtes en train de lire. On est en 2009. Evidemment, le Youpi rapporte si peu d'argent qu'il est hors de question de toucher quoi que ce soit. Ceux qui trouvent qu'un Youpi est cher... N'en ont jamais construit ! On passe la barre des 100. Le Youpi N°100 est vendu au profit de l'association "les petits princes", car c'est dans l'adn du chantier comme on dit aujourd'hui. Puis on arrive au numéro 200. Au numéro 300... Et aujourd'hui, plus de 10 ans sont passées et plus de 400 Youpis naviguent. Marc a aménagé dans son garage un atelier magnifique, qui sent le bois et le bonheur. Quelques Youpistes passent y chercher leur bateau (si le coeur vous en dit c'est à Argenteuil près de Paris). 

Marc et Dom construisent des Youpi
voilier rc rapide

Et la suite alors ? 

Aujourd'hui le Youpi reste une activité "plaisir". Marc n'en vit pas, moi encore moins. Mais on s'amuse bien. Et on a l'impression de faire plaisir, de faire rêver, de participer à une aventure sympa. De construire un beau jouet avec de beaux matériaux, et le respect des gens qui les achètent. Certains arrivent en réparation, il y a des Youpis un peu partout dans le monde et le chanteur Renaud est même le parrain de la série et navigue avec son exemplaire personnel (j'étais fan plus jeune alors ça fait plaisir). Notre projet ? Continuer, car les échanges, les rencontres et le bonheur de partager cette aventure sont finalement des petits trésors au quotidien. Voilà, je vous épargne les imitations, les aléas, les autres belles histoires... Vous savez à peu près tout sur l'histoire du Youpi :-) Pour la faire vivre encore... N'hésitez pas à prendre contact avec nous !